C'est bon, dans une heure je me casse.
C'est que j'ai pas que ça à faire ! Je vais quand même passer le reste de ma jeunesse à bosser pour des caractériels qui ne savent pas ce qu'ils veulent et
tout ça pour un salaire de miséreux. J'ai d'autres ambitions, moi, Madame (je ne me suis jamais fait à l'idée qu'on pouvait écrire à un homme).
Oui, d'autres ambitions.
Bon, déjà, trouver un travail. C'est qu'il faut bien que je me nourrisse. Et puis, j'ai charge d'âmes. Oui, Madame, je ne m'appartiens plus. En clair, faut que je
gagne du pognon pour nourrir l'adolescente dont j'ai eu la faiblesse d'épouser la mère (fais pas attention, ma chérie, c'est pour de rire).
Encore une heure et j'y vais. Bon, en fait un peu plus d'une heure. Il faut dire qu'ici ils sont très à cheval sur les horaires. Un peu trop, d'ailleurs. Toujours
dans le même sens, c'est vrai, mais c'est difficile de leur reprocher. Comme je dis toujours, chacun voit midi à sa porte, et on ne peut raisonnablement pas demander à un employeur de ne pas, un
peu, abuser de son pouvoir.
Et puis c'est pas parce qu'ils ne veulent plus de moi que je devrais en profiter.
On a sa dignité, tout de même...