J’ai appris que de pauvres comoriens étaient morts noyés en essayant d’aller à Mayotte ? Il fait beau, pourtant, là-bas, non ? Et il y a de belles plages, des cocotiers, la mer bleue. Quand je pense qu’on paie des fortunes pour aller dans ces coins. Moi, j’irai bien aux Comores. J’ai vu une pub, c’est magnifique. Les gens sont jamais contents, toujours à se plaindre.
C’est comme mon voisin, il voudrait changer de voiture. D’abord parce qu’il a la sienne depuis presque deux ans, ensuite parce que son collègue, qui a la même place que lui, en a une plus grosse. De voiture, mais c’est à se demander. Du coup, il en perd l’appétit et il maigrit à vue d’œil. Il y a quelques temps, je l’ai croisé chez le médecin. Celui-là, c’est un marrant mais il est pas discret. Alors, avec votre ulcère, vous avez sympathisé ? Parce que va falloir vous y habituer, mon vieux, lui dit-il en le saluant. Ça va docteur, là c’est plutôt le cœur. J’ai des palpitations. Et juste au moment où ça le devenait, palpitant, ils sont sortis de la salle d’attente.
De toutes façons, il le sait pas encore mais il va être viré. C’est con, à cinq ans de la retraite. Ils ont cherché, et ils ont trouvé sans se fouler quelqu’un de plus jeune et moins cher. Et qui fera le même travail, de toutes manières dans ces grosses boîtes c’est plus la forme qui compte que le fond. Pourtant, il faisait attention. La semaine dernière, je l’amenais à Roissy avec sa petite famille. Ils étaient chargés comme des mulets, et en plus lui avait une sacoche sur les genoux alors qu’ils étaient déjà très juste en poids. Je lui dis c’est quoi. Il me dit c’est mon ordinateur. Je lui dis tu pars pas en vacances ? Il me dit oui, mais les autres, indiens, chinois, ricains, ils partent tous avec pour bosser, alors je m’aligne. Et en plus, je suis sûr qu’il en est fier. Pour dire qu’il fait des efforts. Et que ça sert à rien.
Alors, en résumé, il se crève au boulot, il profite pas de son argent, il est malade et plus près de la porte que de l’augmentation.
Alors les comoriens, si ça les attire. Par contre, pour les prochains, gaffe aux courants en venant.