Commémoration, suite et fin. J’en ai encore l’estomac au bord des lèvres. C’était scandaleux, infect, dégueulasse, repoussant, innommable. Cet homme n’avait pas mérité ça, et nous non plus d’ailleurs.
Ça faisait un petit moment que je me disais, tiens, toi qu’es un intellectuel, tu devrais regarder plus souvent Arte. Et amène donc ta famille avec toi, ça les cultivera et ça fera nombre, la chaîne en a bien besoin. Sainte Vierge, vous qui n’êtes pas loin, après tout on n’est que le 17, je vous promets que je ne recommencerais pas.
Ce qu’il y a, c’est que faut toujours qu’ils se distinguent sur Arte, ils font rien comme tout le monde. Je crois que c’est dû pour une bonne part au snobisme, mais faut pas se leurrer, la bêtise y est pour beaucoup. C’est d’ailleurs pas incompatible, la preuve. Bon, donc pour les trente ans de la mort d’Elvis, ils avaient programmé un documentaire sur l’artiste. Mais qu’est-ce qu’il m’a pris de vouloir regarder ça ? Je sais pas. J’avais confiance. Forcément, une chaîne fondée sur la paix et la réconciliation, ça peut inspirer que des bons sentiments. Hier encore, c’est ce que je croyais, aujourd’hui je sais plus.
On a eu droit à tout, sauf à Elvis. Les ancêtres du Palatinat, famille de crétins alcooliques, des bouseux comme on n’en fait plus travestis en sosies qui essayaient en plus de nous vendre leur camelote. Bon, ça je comprends, c’est la partie proche de la terre allemande, d’accord. Ensuite, un ersatz d’Elvis à Istanbul. Là aussi, je comprends, c’est pour la minorité turque en Allemagne, on aurait fait pareil avec nos maghrébins. Le roumain, passe encore, ça c’est pour l’élargissement. L’israélien, sans commentaires, ce serait trop long à expliquer à ceux qui ne connaissent pas l’histoire. Mais le mexicain révolutionnaire, là j’avoue que j’ai pas pigé.
Après, c’était à se pisser dessus, on a eu droit à des cours destinés aux sosies désireux de connaître et d’imiter les mimiques du King, de son sourire en coin à son pas de deux. C’était rigolo, mais cruel. Quand on pense au charme qu’avait cet homme, à son regard de velours, à son déhanchement - faut que je fasse gaffe, j’ai un début d’érection - et qu’on découvre de pauvres gars qui s’efforcent par la grâce de quelques dollars de rêver une célébrité qu’ils ne peuvent pas même imaginer faute de connexions neuronales en nombre suffisant.
Ça c’est de la culture avec un grand K, merci Arte.
Mais c’était pas fini. Un medium, répondant au doux prénom d’Hildegarde, ça s’invente pas, nous confirme, voix off à l’appui, que le King est bien mort. Et qu’il parle allemand. Ça, c’est le bouquet.
C’est là que j’ai craqué. J’ai dit à ma femme, qu’est-ce qu’il t’a pris de vouloir regarder ça ? C’est nul. Demain, c’est moi qui choisis le programme.
C’est injuste, mais ça soulage, et puis comme ça je pourrai regarder Koh-Lanta.