Oh, mais c’est que je vous vois venir, les forts en thème. Où peut bien se glisser le rapport entre la grève, malheureuse, traumatisante, mais nécessaire parce qu’inéluctable devant
l’intransigeance d’un pouvoir certes issu des urnes mais à la tête duquel s’est imposé une idéologie bonapartiste et, pourquoi ne pas le dire puisque le mot est dans tous les esprits, fasciste
(prononcer fassiste, ça fait plus chic), d’un côté - je sais, moi aussi je suis crevé -, et le baiser chaste d’une femme sur une toile qu’on peut poser partout, c’est d’un pratique, grâce à sa
couleur uniformément blanche, d’un autre côté ?
Je sais pas, je cherche.
Je constate tout de même que la dame en question a été condamnée alors que la grève sévissait. Il est des coïncidences troublantes. Le pouvoir chercherait-il à casser toute forme de
contestation ? Parce que cette femme, quoiqu’elle en dise, a bien voulu s’élever contre une société uniforme et son petit doigt sur la couture. De l’uniforme. D’ailleurs, ses idées
politiques ne font aucun doute. Et s’il en subsistait un, pensez à la couleur du délit, le rouge. A lèvres, mais rouge. Un rouge bien revendicatif, bien communiste mais toujours pas passé. De
mode. Enfin, bref, elle a revendiqué, avec ses petits moyens et sa grande gueule, parce que, dites donc, on le voit bien le rouge.
C’est vrai qu’elle l’a carrément défiguré le monochrome blanc. J’en avais déjà vu, des blancs, mais il faut bien reconnaître que celui-là était magnifique. Ça va être du boulot de rattraper ça.
Oui, je sais, il n’a qu’à remettre une couche. Mais c’est pas si simple. Mettons qu’il n’ait plus de blanc de cette couleur.
Oh et puis merde, sur du blanc il peut tout mettre. Qu’il y mette déjà un peu du sien et des couleurs, avec du rouge pour pas gâcher, et qu’on n’en parle plus. On lui demande pas non plus de la
vraie peinture.
Sans compter que je suis sûr que ça a fait grimper sa cote.